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Issa Serge Coelo : "La première salle francophone en Afrique subsaharienne à utiliser la 3D"

22/09/2014
Réalisateur et directeur de l'unique salle de cinéma du Tchad, il dresse le bilan du fonctionnement de ce cinéma depuis sa réouverture en 2011 et parle de ses difficultés : la faible fréquentation du public, l'absence de subvention, le difficile accès aux films étrangers et l'indisponibilité des productions tchadiennes. Au passage, il évoque les problèmes et le potentiel du cinéma tchadien, de même que ses projets personnels de réalisation, 8 ans après la sortie de Tartina city [renommé Ndjaména City], son dernier film.
4 films concernés.
pays concernés :
Tchad

Comment se porte le cinéma Le Normandie depuis sa réouverture en janvier 2011 ?
Le Cinéma Le Normandie se porte plutôt mieux et ça va aller en s'améliorant j'espère. Dans toute œuvre, les débuts sont difficiles et en particulier quand on parle du cinéma au Tchad où les salles ont toutes fermées et où le Normandie est resté fermé pendant plus de 30 ans. La difficulté majeure, c'est le retour des Tchadiens dans les salles obscures et le Normandie a, petit à petit, essayé de relever ce défi. On voit une nette différence dans le public. Au départ, c'était des hommes, ensuite des expatriés, après des couples, et puis des familles avec des enfants et maintenant, les spectateurs sont assez hétéroclites.
On a essayé de faire revenir les gens au Normandie grâce au football avec les compétitions européennes, la Coupe d'Afrique des Nations et la Coupe du monde cette année. Et là, on a beaucoup plus de monde. Ce sont en général des jeunes et des hommes qui veulent voir le match sur grand écran. On a aussi fait quelques tentatives, en programmant des films qui sortaient le même jour en Europe et aux Etats-Unis et au Normandie, à l'exemple de Django Unchained, Captain Philips, Sky fall, des films américains en général. À ce moment-là, il y avait une affluence.
On a aussi essayé de jouer sur les tarifs. Le cinéma est un peu cher au départ et on a baissé les prix sur certaines activités. À ce moment -là, on a eu un peu plus de spectateurs. On travaille pour qu'il y ait plus de gens pour les films ; Le Normandie a vocation à devenir une salle de spectacle. Vu qu'on n'a que deux projections le soir, on voudrait abriter des séminaires et des rencontres culturelles dans la journée. C'est notre objectif 2014.
 
Quel bilan faites-vous en termes de fréquentation de la salle ?
On peut parler de chiffres positifs depuis le début de cette année comparé aux deux premiers exercices. Nous sommes passés de 80 spectateurs à peine à près de 450 entrées par semaine. Ces 450 sont encore largement insuffisants pour une salle qui a une capacité de 440 places. Il faudrait qu'on arrive à 700 ou 800 entrées. Donc, il faudrait plus de gens pour le cinéma.
 
Est-ce que les activités parallèles comme la diffusion des matches et le fait d'abriter des festivals arrivent à fidéliser un public pour le cinéma le Normandie ?
On a une clientèle pour le foot qui ne vient pas pour le cinéma, la salle est pleine quand il y a un match et presque vide quand il y a un film, c'est paradoxal. Le cinéma, en termes de film et d'histoire, n'est pas encore revenu dans les habitudes. Les festivals, comme le Festival Euro-africain qui est à sa deuxième édition, font venir du monde. Cette année, il  y a eu une affluence record, même dans les Maisons de quartiers et à l'Institut français du Tchad. Les films étaient de très bonne qualité, les sujets des films parlaient beaucoup aux gens. Le fait que c'était gratuit a été un appel important pour les spectateurs, on a eu des gens qui n'avaient jamais mis les pieds dans une salle.
On n'a pas de statistique ou de sondage pour savoir si ces gens sont revenus mais on le souhaite, parce que ce sont des jeunes, pour la plupart des élèves et des étudiants qui sont appelés à devenir un jour des travailleurs. Les enfants, quand ils arrivent ici, se prennent tous en photo dans la salle, ils aiment beaucoup le lieu. Ils peuvent revenir au cinéma en ayant eu une première expérience. La nouveauté du Normandie c'est qu'on a été la première salle francophone en Afrique subsaharienne à utiliser la technologie de la 3D. Ça aussi, ça plaît beaucoup aux jeunes.
 
Il y a une absence de public, mais en même temps, la ville de N'Djaména est assez étendue. Le Normandie seul peut-il combler les attendes de la population ?
La salle est située dans un quartier administratif et commerçant où il n'y a pas beaucoup d'activité le soir. Les gens transitent par ici pour aller au travail et l'après-midi, dès qu'ils rentrent à la maison, ils ne reviennent pas. On est assez excentré pour certains quartiers, il faut qu'il y ait d'autres salles de proximité. A ce moment-là, on pourra parler de salles de cinéma mais pour le moment, une seule salle ne peut pas combler les attentes de la population.
Le président de la République avait eu le projet de faire rénover deux autres salles, des anciens cinémas à ciel ouvert et finalement, le projet ne s'est pas fait. Ce n'était d'ailleurs pas une bonne idée puisque les deux salles sont proches l'une de l'autre d'à peu près 200 mètres. Elles sont en plus proches du Normandie. En plus, elles demandent trop d'argent à être refaites et je pense que le temps des salles à ciel ouvert est terminé. Il faut que les gens aillent dans les salles obscures, qu'ils s'assoient dans de bons fauteuils, dans une salle climatisée et qu'ils aient des films de première exclusivité. Il vaudrait mieux qu'on ouvre une ou deux nouvelles salles un peu plus éloignées.
 
Est-ce que le Normandie est rentable ?
Le Normandie n'est pas rentable, on est en perte sur le département cinéma. On a un sponsor officiel, Tigo [opérateur de téléphonie mobile, Ndlr] qui nous permet de sortir la tête de l'eau. L'Union Européenne aussi a aidé le Normandie pour l'achat du matériel de lumière mais leur aide est complexe et contraignante. En dehors de ça, on n'a plus de subvention du ministère de la Culture depuis deux ans. C'est une activité qui demande beaucoup d'attention, si on veut tenir la route, sinon on peut vite tomber.
Mais j'ai une mission. En tant que cinéaste, je ne peux pas abandonner le Normandie. Je fais tout pour que cette salle continue à vivre tant que je suis là en m'investissant beaucoup plus que je ne devrais. Je ne fais plus de production, je n'ai plus le temps de penser à des films. Ce n'est pas un sacrifice, c'est un plaisir de m'occuper d'une salle de cinéma et c'est une autre facette de notre métier qui est très intéressante.
 
En tant que cinéaste, qu'est-ce que vous tirez de cette expérience d'administrateur de salle ?
Quand je faisais des films, je ne pensais pas au spectateur forcément, directement. Et là, quand je vois ce que le public tchadien (qui est spécifique) aime. Ça donne des idées pour l'écriture d'autres films. Si je devais me remettre derrière la caméra, je ferais beaucoup plus attention aux attentes du public. Avant, ce n'était pas le cas. Je respectais toujours le public ; mais je n'étais pas si proche de lui que ça puisqu'on est toujours dans notre bulle de création. On va chercher l'argent, on fait des films, on les montre au public et on s'en va. Là, c'est le contact au quotidien.
 
Qu'est-ce que le public tchadien aime ?
Le public tchadien est très difficile, il aime certaines choses dans les films et si tu ne lui  donnes pas ça assez rapidement, il n'attend pas jusqu'à la fin et s'en va. Dès qu'il y a le bisou final, quand il peut deviner la fin, il s'en va. Il ne regarde pas les 5 dernières minutes. Le générique alors, ce n'est même pas la peine. Le public tchadien aime beaucoup les films d'action comme James Bond, Mission impossible, plus que les films de science-fiction ou avec trop d'images de synthèse comme X-Men, qui n'a pas eu beaucoup de succès ici. Il aime les films où il y a une vengeance en cours, les films de procès et les films de guerre. Par-dessus tout, il aime les films tchadiens.
 
Est-ce la raison pour laquelle vous avez projeté au Normandie des films tchadiens avec d'importantes faiblesses techniques et esthétiques ?
Les gens ne regardent pas trop les faiblesses du film. Tous les films tchadiens qui sont passés ici ont marché. Malheureusement, ça ne suffit pas, il faut plus de films et plus d'endroits pour les diffuser. La vérité est que plus il y aura des films tchadiens, plus les gens viendront au cinéma. La télévision ne joue pas son rôle parce que tous ces cinéastes font des films en puisant dans leurs propres poches. Le Maroc qui est maintenant un grand pays de cinéma produisait il y a 15 ans trois à cinq longs métrages par an. Aujourd'hui, ils sont à 25 longs métrages par an.
 
Et ici au Tchad ?
On a un long métrage tous les 4 ans en moyenne. Et cela, grâce à [Mahamat-Saleh] Haroun qui tourne plus que tout le monde. Aujourd'hui, le sport a plus d'argent que la culture, alors que les cinéastes apportent plus de notoriété au pays que les sportifs. Pourquoi ne nous encourage-t-on pas un peu plus ? Je n'ai pas encore vu de choses concrètes pour les gens qui demandent à faire des films ici. C'est aussi la faute des cinéastes que nous sommes, peut-être qu'on n'a pas eu le courage de se réunir et d'aller porter la parole aux autorités pour leur dire qu'il y a quelque chose qui ne marche pas. Nos cinéastes ne sont pas encore assez ouverts vers l'extérieur, ils sont trop tchado-tchadiens dans les sujets qui manquent d'universalité et donc, ça ne sort pas de nos frontières. Il faut qu'on arrive à dépasser ça, pour être présent partout où le cinéma est représenté à l'international, notamment au Fespaco, et qu'à la fin, les cinéastes trouvent les moyens pour faire leurs films. Ce travail, il faut que nous même le fassions sans trop attendre les autorités.
 
Quels sont vos critères de sélection des films tchadiens ?
Notre mission est que le cinéma tchadien doit passer au Normandie, c'est quand même la moindre des choses. On va vers les réalisateurs, on leur passe le message mais on ne trouve pas assez de films. On ne demande pas de condition particulière, juste que l'équipe du film mette en place un système pour faire venir son public avec des invitations, la publicité à la radio, etc. Nous leur demandons parfois de retoucher le film, surtout quand l'histoire est intéressante. Au niveau des recettes, c'est 50-50. Le prix d'entrée est moins élevé [souvent 1 000 Fcfa, Ndlr]. Le public qui arrive au cinéma pour voir ces films est déjà conquis, parce que tout le monde connaît le réalisateur au quartier. Or, s'il faut montrer le film ailleurs, il va s'arrêter au bout d'un moment. Il y a beaucoup qui abandonnent. Il y a une confusion ici au Tchad, on traite de cinéaste n'importe qui prend une caméra et fait quelques images pour faire rire son quartier. Ce n'est pas professionnel. En général, ce sont des personnes qui n'ont pas été formés, qui font le cinéma par amour. Il faudrait qu'il y ait plus de formations pour amener ces jeunes autour des métiers du cinéma.
 
Quel est le potentiel de ces productions ?
Les films tchadiens ont beaucoup de potentiel, ils ont une factuelle, des histoires un peu différentes. Ceci dit, la plupart des jeunes réalisateurs commencent toujours par les sujets bateau : le mariage forcé, la fistule obstétricale, toute la misère du monde. Ce sont des sujets pas très cinématographiques mais ils le font de bon cœur parce qu'ils veulent se donner le rôle d'un marabout. Si on commence mal avec le premier film, c'est difficile de revenir avec un deuxième film. Le problème aussi c'est qu'ils ne voient pas assez de films. C'est pareil pour les journalistes qui ne viennent jamais au cinéma. Evidemment, il n'y a pas de critique. On a quelques cinéastes, quelques films et une salle de cinéma, c'est tout.
 
Avec Mahamat Saleh Haroun, vous êtes aujourd'hui les doyens du cinéma au Tchad, comment pouvez-vous servir de passerelle à ces personnes qui veulent faire du cinéma ?
C'est difficile, on n'est pas nombreux, il y a trop de travail et on n'a pas assez d'énergie. Déjà, si Haroun était au Tchad, peut-être ça nous aiderait. Moi, je suis limité par mes activités du Normandie. On a fait quelques formations il y a 2 ou 3 ans et cette année, on va peut-être en faire une mais ce sont des formations assez techniques : apprendre à manier une caméra, à faire du bon son... Au niveau de la politique, à chaque fois qu'il y a un nouveau ministre, on essaie d'attirer son attention sur le problème du cinéma. C'est compliqué parce qu'ils ne sont pas tous du domaine de la culture et en plus, un ministre fait en moyenne trois mois au gouvernement. Après, on a voulu un fonds pour le cinéma et l'audiovisuel et ils ont créé un fonds de soutien aux artistes avec 200 millions Fcfa par an à distribuer. La première session a eu lieu au premier trimestre 2014 et sur une base bizarre, on a distribué de l'argent à quelques artistes. Je pense que c'était une erreur. C'est un fonds pour aider la création, pas un salaire.
 
Le Normandie est aujourd'hui la seule salle en activité en Afrique centrale, francophone du moins. Cela vous confère-t-il une plus grande responsabilité ?
Ce n'est pas une fierté qu'on soit la seule salle, on devrait être des dizaines. Ce qui me fait plaisir c'est qu'à Bamako, ils ont rénové un cinéma avec deux salles, qu'ils ont appelé le Normandie comme nous, on a le même distributeur de films. A Dakar, il paraît qu'il y a quatre salles en construction dans un complexe commercial. A Abidjan, ils veulent ouvrir une salle à l'Hôtel Ivoire, à Libreville il y a une salle qui doit être faite, à Pointe Noire aussi. S'il y a d'autres salles, ça va nous faciliter l'accès aux films.
 
Qui est votre distributeur ?
C'est un distributeur français, Jean-Paul de Vidas. Il est sur le coup avec certaines salles à Dakar et Abidjan, il est en contrat avec Bamako et Ouagadougou. Il nous permet l'accès aux blockbusters des grands studios américains : Paramount, Universal, Sonny, Warner, Disney. En dehors de ça, on a des films avec d'autres distributeurs et parfois avec les réalisateurs-producteurs africains. On cherche aussi les films arabes ; mais c'est très difficile d'y avoir accès parce que les distributeurs sont multiples et les discussions longues. Nous, on a des coûts réduits, le prix du ticket n'est pas le même en Europe ou en Egypte et parfois, ça les emmerde parce que ça ne leur rapporte pas assez d'argent. Ce serait plus facile pour nous si on était plusieurs salles, ça couterait moins et cher et on aurait plus de films.
 
Quels sont, d'après vous, les préalables à mettre en place pour dynamiser le cinéma au Tchad ?
Il faut commencer par la formation, il faut envoyer les cinéastes étudier. Il faudrait aussi former des distributeurs. Tout le monde va à la réalisation. Or, le distributeur, s'il est solide, tient tout le cinéma dans ses mains. Ici au Tchad, il n'y aucun distributeur. Les jeunes cinéastes produisent et réalisent. Le film, c'est l'histoire entre un producteur, un réalisateur et des techniciens, c'est un travail d'équipe.
Ici, le rôle du producteur n'existe pas encore, il est complètement ignoré parce qu'on pense que ça consiste juste à gérer une enveloppe chaque jour pour les dépenses. Or, le producteur c'est quelqu'un qui a un regard sur le film, qui connaît parfaitement le scénario, qui sait de quoi et de qui il a besoin, pour que ce soit bien fait. Il " co-signe " le film qui, du coup, peut avoir plus de réussite. Deuxièmement, il faut un fonds tripartite entre le ministère de la Culture, le ministère de la Communication et des sponsors privés qui puissent mettre de l'argent dans une caisse commune pour qu'on commence à faire des films. Deux ou trois salles de cinéma de plus à N'Djaména et en province et les choses vont commencer à démarrer. Nos ambitions sont modestes par rapport aux réalités du pays.
 
Quels sont vos projets personnels ?
J'ai changé de philosophie, je ne veux plus chercher des fonds en Europe pour faire des films, je veux les trouver ici ou en co-production avec la sous-région. L'extérieur s'en fout du cinéma africain que très peu d'organisations soutiennent. Moi, en tant que réalisateur, si je soumets mon scénario à un fonds pour la culture et le cinéma, j'ai en face de moi les grands cinéastes iraniens, mexicains, argentins mais je ne peux pas me battre contre eux. Ils ont chez eux des structures qui les aident pour la production des films, ils ont même déjà mis 50 000 euros pour la financer. Nous, on arrive avec juste notre scénario que personne ne nous a même aidé à corriger.
J'ai un projet de  film qui est l'histoire d'un vieux musicien qui joue de la flute, il a joué dans des orchestres traditionnels et comme son temps de gloire est passé et qu'il est un peu fatigué par la vie,  il ne rêve que d'aller jouer sa dernière composition aux baleines, dans un dernier concert. C'est un peu poétique. Le scénario est de moi. Une petite partie sera tournée au Tchad, une autre au Yémen et une dernière, peut-être en Afrique du Sud. Le Maroc est prêt à nous soutenir dans la post-production, il faut juste du cash pour démarrer le tournage. Je n'ai pas encore de producteur, j'avais recherché des fonds que je n'ai pas obtenus, j'attends qu'il y ait quelque chose ici pour démarrer avant de chercher des producteurs ou des fonds pour le terminer. 
 
Quand espérez-vous démarrer ?
Je ne calcule plus. Ça fait 10 ans que je n'ai pas tourné, je ne suis plus à une année près. Si je trouve un peu d'argent, j'ai un autre projet sur la dette de sang, c'est un long métrage qui demande moins d'argent que le premier. Quand on est un jeune cinéaste, il  faut se mettre en tête que l'échec nous attend. J'ai eu un gros échec avec mon premier film par exemple, Daresalam. C'est un film qui, pour moi, n'est pas abouti. J'avais un gros budget, la production était française, on avait la chaîne Arte. J'ai monté l'équipe en partie, j'ai fait le casting mais j'ai fait de mauvais choix, aussi bien dans la production que dans l'ambition du film. Il était trop fort pour moi, le sujet demandait quelqu'un de beaucoup plus expérimenté. Il faut s'attendre à ça dans nos parcours.
 
Comment vous êtes arrivé au cinéma ?
Par envie. J'avais fait des études d'histoire à Paris et voulais faire du journalisme. Mais j'étais un peu bloqué, je n'aimais pas trop rester sur les faits, il y a une obligation de réserve dans le journalisme qui fait que tu n'as pas beaucoup de liberté. Je faisais en même temps un peu de musique et de création, le cinéma me convenait. J'ai étudié à l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et une fois sorti, j'ai fait des stages, rencontré des gens. Le cinéma est difficile et à l'époque, c'était beaucoup plus factuel. J'avais fait un premier court métrage qui s'appelle Un taxi pour Aouzou, j'ai eu l'argent très facilement. Les cinéastes n'étaient pas nombreux et il y avait plus de disponibilité des fonds. Petit à petit, on m'a fait confiance pour faire d'autres films.
 
À un moment, vous avez décidé de rentrer définitivement au Tchad, pourquoi ?
C'était il y a six ans à peu près, quand Sarkozy est arrivé au pouvoir en France. Ce jour-là, j'ai pris une voiture, j'ai mis des affaires de travail ainsi que des affaires personnelles dedans, j'ai quitté Paris et je suis descendu à Rabat où je suis resté à peu près deux mois pour la post-production de mon film Tartina city [renommé Ndjaména City, ndlr]. Du Maroc, je suis allé à N'Djaména. Quand j'ai garé la voiture, j'avais tellement mal au dos que je ne pouvais même plus marcher et à partir de ce jour-là, j'ai commencé à me rapatrier ici. J'avais quitté N'Djaména en 80 pour Bamako où j'ai passé mon baccalauréat en 86, avant d'aller à Paris.
 
Aujourd'hui, Sarkozy n'est plus au pouvoir…
Oui, mais le problème de l'immigration dans des pays comme ça c'est qu'il y a un moment de retour dans ton pays d'origine. Si tu rates ce moment, c'est fini. C'est une chance pour moi de ne pas être enterré là-bas.
 
Propos recueillis par
Stéphanie Dongmo, à N'Djaména
Africiné / Yaoundé
pour Images Francophones
 

Photo : Issa Serge Coelo, cinéaste et exploitant de la salle Le Normandie (Ndjaména)
Crédit : Stéphanie Dongmo / Africiné
 

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